Pointers from Ramana Maharshi - Texte commenté par Swami Atmananda - Séminaire Satsang La Ciotat – Zero Gravity – Juin 2022

Swami Atmananda

Extraits de Pointers from Ramana Maharshi, une sélection de citations réalisée par Ramesh Balsekar
et basée sur L’enseignement de Ramana Maharshi (Talks with Sri Ramana Maharshi)

 

JNANA et CHIDAKASHA

Ramana Maharshi : L’espace pur ne peut rien refléter, seul l’espace de l’eau peut le faire ; le verre ne peut pas refléter les objets, seule une plaque de verre avec une doublure opaque derrière elle peut refléter les objets devant elle.
De même, la Connaissance pure ne contient pas d’objets en elle, et ne reflète pas les objets. Elle ne reflète le monde qu’avec la ‘forme limitante’ du mental.
Le monde ne demeure ni dans le sommeil profond ni dans le samadhi : il ne peut y avoir d’illusion dans la lumière vive ou dans une lumière totalement tamisée.
De même, la Conscience pure n’est que lumière – c’est la Connaissance pure. Le mental qui en émerge se leurre sur le fait que les objets soient séparés.

Q. : Donc le mental est le miroir ?
Ramana Maharshi : Qu’est-ce que le mental ? C’est un mélange de chit (Conscience) et de sankalpas (pensée). Par conséquent, il forme tout cela : le miroir, la lumière, l’obscurité et les reflets. Chidakasha (akasha = espace) est la Connaissance pure, la Source du mental. Lorsqu’elle surgit, le mental n’est que lumière ; plus tard, lorsque surgit la pensée « Je suis Cela », cette « pensée-je » forme le jiva et le monde.

La première lumière est le pur mental, le mental-espace ou Ishvara ; ses modes se manifestent sous forme d’objets ; il est appelé mental-espace parce qu’il contient tous les objets en lui-même. De même que l’espace physique, bien que contenant l’univers entier, est lui-même le contenu de l’espace mental, de même ce dernier est lui-même le contenu de Chit-espace. L’ultime est Chit Lui-même – la Connaissance pure, ne contenant rien. La Connaissance, dans sa pureté, reste UNE, unique, Lumière transcendante.

 

LA CONSCIENCE

L’univers entier est plein de vie. Vous dites que la pierre est inconsciente. C’est votre conscience de vous-même qui parle d’inconscience. La lumière est nécessaire pour détecter la présence ou l’absence d’un objet dans une pièce sombre. La Conscience est nécessaire pour découvrir si une chose est conscience ou non. La Conscience brille d’Elle-même.
Vous dites que vous étiez inconscient dans votre sommeil et conscient de vous-même à l’état de veille. Quelle est la Réalité ? La Réalité doit être continue et éternelle. Ni l’inconscience ni la conscience de soi ne sont la Réalité, celles-ci sont de simples associations. La Conscience est la Réalité. Lorsque la Conscience est associée à des upadhis (formes limitantes), on parle de conscience de soi, d’inconscience, de subconscience, etc. Le facteur commun constant est la Conscience.
La pierre est donc aussi inconsciente que vous l’êtes dans le sommeil.

 

LE VRAI BONHEUR

Quel est le plus grand bienfait que l’on puisse conférer à autrui ? C’est le bonheur, et le vrai bonheur est la paix de l’esprit. La paix ne peut exister que lorsqu’il n’y a pas de perturbation, et la perturbation est due à la pensée. Lorsque le mental-pensant est absent, la paix est parfaite ; le mental-pensant se préoccupe généralement de juger, de blâmer et de condamner quelqu’un pour une action quelconque – soit soi-même, soit l’autre.

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Lorsque la véritable nature sans effort, permanente et heureuse, est réalisée, elle se révèle parfaitement compatible avec les activités ordinaires de la vie quotidienne.

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L’activité [identifiée] signifie destruction du bonheur inhérent. La non-action signifie une activité incessante mais sans le sentiment d’être l’auteur de ses actions. Le sage se caractérise par une activité éternelle et intense, mais celle-ci est perçue comme une inaction apparente. Les gens confondent généralement la tranquillité et la non-action avec l’inertie, mais il n’en est rien.
La tranquillité du sage est comparable à l’immobilité apparente d’un gyroscope en rotation rapide. Sa vitesse même ne peut être suivie par l’oeil et il semble donc être immobile.

 

JNANI

Le jnani est toujours pleinement conscient que le véritable état d’Être reste fixe et stationnaire, et que toutes les actions se déroulent autour de lui. Il assiste à tout ce qui se passe sans s’en préoccuper et reste en paix avec lui-même. Il est dans le véritable état, l’état primordial et naturel de l’Être. Une fois atteint, il demeure permanent.

Il n’y a aucune différence entre un jnani et un ajnani dans leur façon apparente de vivre ; la différence réside dans leurs angles de vision. L’homme ignorant – l’ego – confond ses activités avec celles du Soi, alors que le sentiment d’être l’auteur de ses actions a été perdu dans l’ego du jnani, et il ne se limite pas à ce corps ou à autre chose, à cet événement ou à un autre, et ainsi de suite. Il y a de l’action dans une apparente inaction, et de l’inaction dans une apparente action – comme un enfant nourri pendant son sommeil, qui nie avoir été nourri à son réveil.

 

LA TRANQUILLITÉ

La tranquillité est le but du chercheur. Un effort est requis et il n’est possible que dans l’état de veille. C’est là qu’est l’effort ; la conscience d’attention également ; la pensée est apaisée ; ainsi il y a la paix du sommeil. C’est l’état du jnani. Ce n’est ni le sommeil ni l’état de veille, mais un état intermédiaire entre les deux : il y a la conscience de l’état de veille et la tranquillité du sommeil. On l’appelle Jagrata-Sushupti.

C’est aussi l’intervalle entre deux pensées successives. Les pensées naissent dans le calme du sommeil. Toutes nos expériences ne sont que des pensées – plaisir et douleur. Vous êtes cet Être parfait lorsque vous êtes conscient, et êtes libre de la pensée linéaire.

 

DE L’IDENTIFICATION DU CORPS À LA RÉALISATION DE SOI

On a demandé un jour à Ramana Maharshi : “En demandant “Qui suis-je”, serait-il correct de me dire que je ne suis pas ce corps mais un esprit, une étincelle de la flamme divine ?”.
Ramana Maharshi était d’accord, mais il a ajouté : “Il y a un stade au début où vous vous identifiez au corps et où vous avez la conscience du corps; à ce stade, vous vous considérez comme un serviteur ou un dévot de Dieu. Le deuxième stade est celui où vous vous considérez comme une étincelle du feu divin ; même à ce moment-là, il y a encore le sentiment d’une conscience corporelle séparée. Le troisième stade survient lorsque toutes les différences cessent et que l’on réalise que seul le Soi existe.”
“Dans le sommeil, le ‘je’ en tant qu’entité individuelle – l’ego – n’existe pas. Ce n’est qu’au réveil que l’ego – et le reste du monde – surgit. On doit réaliser dans l’état de veille cet état où l’ego était absent.”
[RB : Une telle réalisation de la présence constante du SOI s’obtient lorsque le sentiment d’être celui qui agit est déraciné et qu’il y a l’acceptation totale que rien ne peut arriver à moins que cela soit la volonté du SOI].

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D’abord, on voit le SOI en tant qu’objets, puis on voit le SOI en tant que vacuité, puis on voit le SOI en tant que SOI – seulement dans ce dernier cas, il n’y a pas de ‘voir’, car ‘voir’ c’est ÊTRE.

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Lorsqu’un visiteur a demandé : “Lorsque quelqu’un réalise le SOI, que verra-t-il ?”
Ramana Maharshi a répondu : “Il n’y a pas de voir, voir c’est ÊTRE. La Réalisation ne signifie pas atteindre quelque chose de nouveau qui était loin ; tout ce qui est nécessaire est le renoncement ou l’abandon total de ce qui n’était pas vrai ou réel [RB : le sentiment d’être l’auteur de ses actions].”

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Tout ce que l’on a à faire est de “renoncer à être conscient des autres choses, c’est-à-dire du non-Soi ; alors seule la Conscience pure demeure”.
[RB : En d’autres termes, cesser de prêter attention aux choses qui ne nous concernent pas, et donc ne pas comparer, juger et condamner quoi que ce soit. Tout arrive selon la Volonté de Dieu ou la Loi Cosmique. Laissez la vie couler].

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Parler de ‘témoin’ ne doit pas conduire à l’idée qu’il existe un témoin séparé de ce dont on est témoin ; ‘témoin’ signifie la lumière qui éclaire celui qui voit, ce qui est vu et la vision elle-même.

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Satsang signifie association avec Sat ou la Réalité. Celui qui a réalisé ‘sat’ est considéré comme ‘sat’. Une telle association est absolument nécessaire pour tous. Comme l’a dit
Adi Shankara : “Dans les trois mondes, il n’y a pas de meilleur bateau que le satsang pour nous faire traverser en toute sécurité l’océan des naissances et des morts.”

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Les Védantins ne disent pas que le monde est irréel. C’est un malentendu. Ils disent : “Tout ceci est Brahman”. La signification est que le monde est irréel en tant que monde, mais réel en tant que SOI. Rien ne peut être séparé du SOI.

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À quoi servent les accomplissements, si vous n’avez pas la paix de l’esprit ? Mais si vous dites cela à des personnes qui sont avides de réalisations, elles ne peuvent pas l’accepter.
En avançant, on peut courir sur n’importe quelle distance et à n’importe quelle vitesse, mais lorsqu’il s’agit de reculer, c’est-à-dire lorsque le mental se tourne vers l’intérieur, même un pas n’est pas facile à faire.

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‘Je suis’ est la seule expérience permanente et évidente de chacun. ‘Je suis’ est la Réalité ; ‘Je suis ceci ou cela’ est irréel. ‘Je suis Dieu’ n’est pas vrai.
Les Upanishads disent ‘Je suis Brahman’. Cela signifie en fait que Brahman existe en tant que ‘Je’ et non pas que je suis Brahman. Le SOI est le SOI ; Brahman existe en tant que ‘Je suis’ en toute chose et en tout être.
Alors que toutes les voies sont approuvées dans la Bhagavad Gita, il est clairement dit que le jnani est le meilleur karma yogi, le meilleur bhakta, le plus haut yogi et ainsi de suite.

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“Connais-toi toi-même” n’est pas correct ; si nous parlons de connaître le Soi, il doit y avoir deux soi-s : un Soi connaissant et l’autre, un Soi connu, ainsi que le processus de connaissance – (Triputi) une triade.
L’état que nous appelons Réalisation est simplement le fait d’être Soi, sans rien savoir ni devenir quoi que ce soit.
Lorsque nous serons capables de renoncer à considérer l’irréel comme réel, alors la Réalité seule demeurera et nous serons CELA. Toute sadhana, quel que soit le système de pensée, n’est destinée qu’à cette fin.

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Tant qu’il a besoin d’un Dieu distinct, le bhakta peut certainement avoir un Dieu à adorer. Puis, grâce à la bhakti, il se développe lui-même, et en vient à sentir que Dieu seul existe, et arrive à la conclusion : “Non pas ma volonté, mais Ta Volonté”. Lorsque ce stade est atteint, connu sous le nom d’abandon total dans la bhakti marga, le sentiment d’être l’auteur de l’action de l’ego est déraciné, ce qui permet d’atteindre le SOI.

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Si ce qui voit et ce qui est vu sont identiques, alors comment pouvons-nous dire que ce qui est vu est irréel ?
Ce qui est irréel, c’est ce qui est vu, considéré comme une entité séparée et indépendante du SOI.
Ce qui existe en tant que Réalité, c’est l’unique SOI – ni ce qui voit ni ce qui est vu : ce qui est vu en tant que le SOI est réel.

 

LA VÉRITÉ ULTIME

La Vérité ultime est extraordinairement simple : ce n’est rien de plus qu’être dans l’état de pureté.
C’est un mystère que, pour enseigner cette simple vérité, il y ait eu tant de religions, de croyances, de méthodes et de disputes entre elles. Parce que les gens veulent quelque chose d’élaboré, de déroutant et d’attrayant, tant de religions ont vu le jour, et chacune d’entre elles est si complexe et chaque credo dans chaque religion a ses propres distinctions qui entrent en conflit avec celles des autres.
Par exemple, un chrétien ordinaire ne sera satisfait que si on lui dit que Dieu est quelque part dans les cieux lointains que nous ne pouvons pas atteindre sans aide ; le Christ seul
l’a connu et le Christ peut nous guider. Si on lui dit la simple vérité : “Le royaume des Cieux est en vous”, il n’est pas satisfait et verra des significations complexes et farfelues dans une telle déclaration. Cela est vrai de toutes les religions.

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Ramana Maharshi a affirmé catégoriquement que tout ce qui devait être dit a été dit dans le verset 170 du Vivekachudamani de Adi Shankara :
“Dans l’état de rêve, même s’il n’y a pas de contact avec le monde extérieur, le mental seul projette tout l’univers onirique de celui qui prend plaisir et apprécie ce qu’il y vit, etc. De même, l’état de veille n’est pas différent. Tout ce monde de phénomènes multiples n’est qu’une projection du mental.”

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L’attention consciente sans effort et sans choix est elle-même notre nature réelle. Normalement, elle ne peut être ‘atteinte’ sans effort, sans une méditation délibérée. Cette méditation peut prendre n’importe quelle forme qui semble la plus à même de maintenir la pensée à distance.

Bien que toutes les écritures l’aient dit et que les grands êtres nous en parlent sans cesse, nous semblons continuer à nous égarer dans le monde de maya et des objets des sens. C’est la raison pour laquelle un effort conscient et délibéré de méditation est nécessaire.

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Le mental tourné vers l’intérieur est le SOI ; tourné vers l’extérieur, il devient l’ego et le monde entier. L’Un est réel ; la multiplicité est faite de simples noms et formes, comme l’or et les ornements.

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L’ensemble du Vedanta peut être compressé en :
deham est naham
koham 
– soham

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Une question a été posée : “Comment se fait-il que certains saints, qui doivent aussi avoir réalisé le Soi, disent qu’il n’est pas souhaitable de se fondre dans le Soi, tout comme la
mouche, afin de profiter du miel, ne devrait pas tomber dans le miel ?”.
Ramana Maharshi a dit sans ambiguïté que cette analogie est erronée et trompeuse, car le miel est quelque chose d’humide et d’inconscient et un être conscient est nécessaire pour le goûter et l’apprécier. D’un autre côté, le SOI est la Conscience et la Paix Elle-même ; et il est absurde de prétendre que lorsqu’on devient le SOI, on ne pourra pas profiter de la paix, et qu’il faut rester séparé pour en profiter.

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