S'éveiller à la joie naturelle

Papillon

Je vous propose de vous poser un instant.

Se poser un instant ne veut pas dire se calmer ; calmer l’apparente agitation en nous ou changer quoi que ce soit en nous ; sinon c’est encore un effort, c’est encore du labeur. C’est simplement s’ouvrir à l’instant qui est là, à l’instant de vie qui est là…

Et dans cette ouverture qui est notre nature véritable, on laisse en fait tout le vivant danser en nous, se goûter en nous. Et lorsqu’on peut se relier à nouveau à cette ouverture naturelle qui est notre essence, automatiquement il y a la tranquillité, automatiquement, il y a la joie. Il n’y a pas la tranquillité, il n’y a pas la joie lorsqu’on cherche autre chose que ce qu’il y a là dans l’instant. Si on cherche autre chose que ce qu’il y a là dans l’instant, on est toujours en soif, en demande, en insatisfaction, en résistance par rapport à ce que nous donne la vie. Alors que si l’on est toujours dans cette ouverture, il y a toujours une réponse spontanée par rapport à cette vie qui bouge sans arrêt et qui nous insécurise parce que justement elle bouge. Elle bouge constamment parce que c’est la vie. La vie, c’est le mouvement même.

Donc pour nous sécuriser qu’est-ce que l’on fait ? On veut gérer ce mouvement, on veut le contrôler, en nous et autour de nous. C’est pour cela que l’on est toujours tendu. C’est pour cela qu’on se sent toujours en insécurité. Mais pourtant, on ne veut pas lâcher la bride, on ne veut pas lâcher le contrôle. On peut passer ainsi toute une vie à être en contrôle ; mais à un moment donné, le corps lui, ne suit plus. Il y a des tensions, il y a la maladie. Et on n’écoute toujours pas le corps ; on va toujours forcer ; on va toujours contrôler parce qu’on a peur. Il y a une angoisse de fond. Il y a une angoisse existentielle par rapport à la vie. On peut passer toute une vie à ne pas vouloir rencontrer cette angoisse existentielle ; cette angoisse existentielle qui est là à partir du moment où on prend naissance en tant qu’humain. Mais tôt ou tard, il faudra faire face et rencontrer cette angoisse existentielle.

Cette angoisse existentielle est une porte. C’est la porte pour nous retrouver dans notre Essence Naturelle. C’est la porte pour retrouver notre Joie naturelle. C’est la porte pour retrouver notre Cœur naturel. Cela, nous le sommes déjà. Ce n’est pas quelque chose à acquérir. C’est simplement quelque chose que nous avons oublié. Donc l’invitation là est de se remémorer notre nature véritable qui est cette Joie, cette Paix, ce Cœur d’amour.

Et qu’est-ce qui nous empêche de nous remémorer cela ? C’est ce voile, ce voile de la croyance en toutes les pensées, en toutes les émotions qui nous traversent. Le matin, lorsque l’on se réveille, est-ce que l’on se réveille dans la joie ? Est-ce que l’on ressent cette joie naturelle de l’être ? Est-ce que chaque jour de la semaine, chaque jour de l’année, lorsque l’on se réveille, y a-t-il cette joie en nous ? Si vous regardez bien, non. Pourquoi ? Parce que lorsque je me réveille, il y a d’abord cette joie innée, naturelle de fond mais tout de suite elle va être voilée par toutes les pensées qui vont se présenter à nous la pensée de tout ce que je dois faire dans la journée, tout mon agenda défile… les enfants que je dois amener à l’école, tous les dossiers et mails que j’ai à traiter, etc. Cela n’a pas encore commencé ; on n’est pas encore sorti du lit mais Il y a déjà tout ce monde, tout cet univers virtuel qui s’élève en nous et auquel on croit. Tout cela ne se passe que dans notre tête. Rien n’est encore fait mais comme je crois à tout cela, il y a déjà quelque chose qui commence à se rétrécir en moi ; qui se rétrécit par une contraction mentale ; et dès qu’il y a une contraction mentale parce que je me suis saisi d’une pensée, puis de toutes les pensées, tout de suite, cela voile notre nature véritable, notre Joie naturelle.

Et si on fait cela au jour le jour, au quotidien chaque matin, c’est-à-dire que je me saisis de ces pensées ; je me saisis de cette histoire de vie que je me raconte, Cela crée un filtre de plus en plus dense, de plus en plus épais ; qui fait que l’on oublie peu à peu ; qu’on oublie notre nature véritable et cette ouverture, cette spontanéité, cette fraîcheur de vie, cette créativité. Et au fil du temps, au bout du compte, on se perd ; on est dans un sérieux, on est dans le faire, l’obligation de faire, l’obligation d’être comme ceci ou comme cela. Et à force, il y a tristesse en nous. Il y a comme une lumière qui s’est petit à petit éteinte parce que l’on s’est oublié. On a oublié notre essence naturelle, notre joie véritable, l’ouverture que nous sommes.

Alors quel est le remède ? Se retrouver à nouveau. Quand je dis se retrouver à nouveau, c’est commencer à faire pause et regarder en nous ; se contempler, se goûter, sans rien changer en nous et de nous. C’est vraiment très cool, très paisible, parce que si on veut changer quelque chose en nous, on va être encore en tension et en guerre. Se poser un instant en nous-mêmes, tourner le regard en nous, c’est le premier pas. Il peut être difficile à faire car nous avons l’habitude d’être toujours à l’extérieur. On regarde toujours à l’extérieur, on a du mal à regarder à l’intérieur de nous. Dès qu’il y’a un problème, notre réflexe est de considérer que le problème se trouve à l’extérieur de nous et on va chercher à le résoudre dans cette optique. Mais à un moment donné, si le problème est récurrent et qu’il se représente toujours, cela veut dire qu’il a une résonance par rapport à notre état intérieur. En fait, on découvrira peu à peu que ce n’est jamais l’extérieur qui est le problème. C’est notre résistance intérieure qui nous fait souffrir.

Notre résistance intérieure, qu’est-ce que c’est ? C’est un refus de ce que la vie nous présente dans l’instant. C’est une peur par rapport à ce que la vie nous présente dans l’instant. C’est une insatisfaction par rapport à la vie qui se présente dans l’instant. Donc quelque part, c’est une émotion en nous qui n’est pas rencontrée. On a du mal à rencontrer l’émotion parce que l’émotion est très vivante. C’est une énergie qui est vivante. Elle n’est ni bien ni mal. Lorsque l’on juge l’émotion négative et qu’elle nous déplait, on a tendance à la bloquer. Lorsqu’il y a une peur par exemple qui s’élève, on ne veut pas la rencontrer. On la fuit, on va s’agiter, on va s’occuper. Et plus on la fuit, plus on la refuse, plus on lui donne de l’énergie, plus elle grandit en nous puisqu’elle demeure inconsciente. Elle va fonctionner à l’insu de notre plein gré ; elle sera toujours là et va conditionner tous nos actes. Alors qu’il suffit de nous ouvrir à elle, de nous ouvrir à l’émotion. Cela veut dire l’accueillir pleinement, sans la juger ni la rejeter. Accueillir la peur, accueillir l’inquiétude perpétuelle en nous. On est constamment inquiet à chaque instant pour le futur. On se demande qu’est-ce que l’on va devenir ; Quelle est ma route, quel est mon chemin ; Quel est le bon choix ; Comment vais-je résoudre cela. Comment vais-je y arriver. Ce sont toutes ces pensées, ces questionnements qui nous traversent constamment mais on n’en a pas vraiment conscience car nous sommes habitués à nous identifier aux pensées, au contenu de la pensée.

Donc la pensée, l’émotion, n’est pas le problème. Le problème, c’est cette identification au contenu de l’émotion, au contenu de la pensée. Dès qu’il y a une pensée qui s’élève, je m’identifie à elle, je m’identifie à l’histoire qu’elle me raconte. Donc le jeu, l’invitation, c’est de s’en rendre compte, de prendre conscience de cela. C’est cela l’écoute, la méditation. La véritable méditation c’est une prise de conscience de nous-mêmes, un accueil de la vie. C’est cela la véritable méditation. C’est ce que j’appelle la méditation naturelle vivante. On peut utiliser des techniques de méditation mais ces dernières doivent aider, faciliter cette bascule vers la méditation naturelle. Dans la méditation naturelle, on est simplement ouvert et on prend conscience de ce qui s’élève en nous et autour de nous très simplement, sans se juger car la véritable méditation est toute embrassante. Elle nous amène à découvrir l’amour véritable. La véritable méditation est Amour, elle embrasse la vie même. La véritable méditation est la vie même. Elle ne doit pas nous séparer du quotidien. Elle ne doit pas nous séparer de la vie même. Elle ne doit pas nous séparer de nous-même. Elle ne doit pas nous mettre dans une bulle de protection, nous enfermer dans une zone de confort. C’est l’un des pièges de la méditation car quand on est agité, quand on souffre, on va vouloir chercher une technique pour s’apaiser, pour apaiser le chaos qui est là, le chaos émotionnel, le chaos mental qui est là. Donc par exemple, on va utiliser la technique de la concentration sur le souffle pour apaiser le mental. Cela marche un temps. On parvient à trouver un certain calme pendant notre session de méditation ; puis ensuite on va prendre notre voiture, aller au bureau et être confronté aux autres et à nouveau, il y a l’agitation parce que ce calme est artificiel. Il est conditionné à une technique. Ce n’est ni bien ni mal. On peut utiliser une technique dans un premier temps. Elle va nous aider à nous poser, à nous rencontrer. On peut donc utiliser un support de méditation comme le souffle, le son etc. pour permettre aux pensées, aux émotions, à la respiration, aux énergies de se calmer et après on oublie le support de méditation. On se « place » dans l’ouverture, on se rappelle à notre ouverture naturelle. On est Ouvert. Car Ce que nous sommes est Grand Ouvert et permet à tout d’être très simplement. Lorsque l’on permet à tout d’être simplement, automatiquement, il y a une paix qui va émerger.

Cette paix, c’est la radiance naturelle de notre cœur, de notre être. Elle est là. Ce n’est pas une paix où rien ne se passe. C’est une paix qui est l’énergie même, qui est la joie même, la fraicheur de la vie même. Il y a union entre la paix immensément spacieuse et la joie vivante et naturelle, qui se recrée à chaque instant, qui se goûte dans chaque instant de la vie, qui se laisse surprendre, qui se laisse être émerveillée. Mais comment peut-on se laisser émerveiller si on est tout le temps dans le contrôle, dans la gestion du quotidien, de ce que l’on pense être la vie ? Donc lorsqu’on commence à accepter de se poser dans l’instant et de regarder en Soi un instant, sans se juger, sans plus se blâmer, sans plus vouloir se faire violence en changeant quoi que ce soit en nous ; là il y a quelque chose qui commence à s’éveiller, une bienveillance envers soi- même, une douceur envers soi-même, un regard d’amour envers soi qui commence à se retrouver. C’est ce premier pas d’amour que l’on fait lorsque l’on accepte de tourner le regard vers soi. Et lorsqu’on commence à tourner le regard en nous-même, ce qu’on va commencer à voir, c’est toute cette apparente agitation en nous ; agitation des pensées, des émotions et des sensations qui n’arrêtent pas de surgir en nous.

Du coup, on se demande « qu’est-ce que je vais faire de tout cela, de tout ce tumulte en moi ? » La bonne nouvelle, c’est qu’on ne va rien en faire. On va absolument rien en faire. Si nous voulons manipuler ce mouvement en nous, nous allons lui redonner de l’énergie, Nous allons rajouter de l’agitation à ce mouvement. Pourtant ce mouvement n’est pas de l’agitation. Il ne l’est que parce que l’on le juge ainsi, qu’on le qualifie d’agitation. En fait, le mouvement des pensées et des émotions est un mouvement de vie naturel et libre. Et si on le laisse libre en nous, il ne pose pas de problème. Il nous traverse très simplement très librement. Donc, ce que l’on va voir dans un premier temps en nous, c’est combien on bloque ce mouvement ; combien on veut contrôler le mouvement de la pensée, le mouvement de l’émotion. Simplement le voir. Et si on le voit sans jugement, sans rien en faire, on va s’apercevoir que ce mouvement de résistance et de blocage en nous n’est qu’une autre pensée. On va alors laisser cette pensée simplement se dissoudre d’elle-même. En fait, à chaque instant, la méditation nous invite à ne pas se saisir de la pensée, ne pas se saisir de l’émotion. C’est simplement cela au départ. Voir que là je saisis, là je saisis encore. Le simple fait de voir que je saisis la pensée, je saisis l’émotion, c’est-à-dire que je suis entré dans le contenu de la pensée, entré dans le contenu de l’émotion, entré dans le rêve de la pensée et que j’y crois, je m’éveille du rêve. Donc chaque instant est un instant d’éveil.

Pour permettre l’éveil, il faut le rêve. Donc bienvenue au rêve. Sinon il ne peut pas y avoir d’éveil. La plupart du temps, les gens disent que les pensées reviennent sans cesse et qu’il faut les chasser. Mais notre nature véritable est tel le ciel infini. Et dans le ciel, il y a les nuages. Le ciel ne dit pas « ah non, je ne veux plus aucun nuage ». Il ne s’agit pas de ne plus avoir de pensées ou de calmer les nuages des pensées, ou de vouloir les transformer ; transformer les nuages gris en nuages blancs. Il s’agit plutôt de permettre à tous ces nuages d’être et de les reconnaître pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des nuages. De simples nuages sans réelle substance et éphémères. La pensée n’a pas de nature permanente. Elle est éphémère. Elle est un écho que l’on écoute ou pas. Elle est un reflet sur le miroir de la conscience, un mirage auquel on croit ou pas. Si on y croit, ce n’est pas grave. On se raconte un moment des histoires ; on vit l’histoire, on vit l’expérience. C’est le jeu de la vie. C’est bien, ce n’est pas grave. Parce que cela n’altère en rien notre nature véritable, notre ouverture fondamentale. Peu importe l’expérience de vie que l’on peut expérimenter dans l’instant, à tout moment on peut se rappeler notre nature véritable. Au contraire, je dirai que l’expérience qui est là, quel que soit l’expérience de vie qui est là, elle est toujours un pont pour nous rappeler à notre nature véritable, à notre Grand Cœur Ouvert. 

Somasekha – extrait du séminaire en Suisse de juin 2019